Bulletin février 1966

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10me ANNIVERSAIRE

Dix ans! Amis de l'Entraide, nous avons commencé ensemble cette dixième année de notre cheminement. Certains d'entre vous furent les Amis de la première heure. Ils se rappellent alors, avec nous, les tâtonnements, toutes ces démarches bien hésitantes à la recherche d'une voie, disons de la «vocation de l'Entraide d'Église».

Nos évêques nous avaient dit: «Veillez à éveiller la conscience de vos frères chrétiens à un sens plus profond de la coresponsabilité des membres du Corps Mystique. Et le fruit de cette Charité que vous aurez éveillée, apportez le à «l'Église en difficulté».

C'était le 1er janvier 1957. Tout perdus dans un tout petit coin de bureau, partagé avec d'autres services, nous avions une table, une chaise, quelques fardes. Nous avions surtout la nostalgie profonde de ce que nous avions connu cinq ans durant, et auquel il avait fallu renoncer pour refonder du neuf. Il y avait les amis d'autrefois éparpillés, les collaborateurs d'hier en allés vers d'autres voies, il y avait des perspectives entrevues qui étaient mortes avant que d'être nées. Il y avait aussi un pauvre effort de bonne volonté, beaucoup de solitude, et une très grande inquiétude! Ainsi naissait l'Entraide d'Église.

Vous qui nous avez suivis dans ces tout premiers pas, ces premières semaines, ces premiers mois, vous pouvez comprendre que notre regard se reporte sur ces premiers instants de la vie de l'Entraide. Elle naissait dans les ténèbres. Et aujourd'hui, rien ne nous paraît plus logique, plus dans la ligne de toute œuvre du Seigneur, car nous avons appris que la vie naît de la mort: «Rien ne sauve, que la prière et la Croix».

Nous avons cherché alors. 0 vous, les fidèles amis qui nous avez encouragés, soutenus, fidèlement accompagnés à ce moment, peut-être l'Entraide vous doit-elle d'exister et d'être ce qu'elle est.

On nous avait dit: «l'Église en difficulté». Mais quelle part de l'Église n'est en difficulté? Et quelle fraction de l'Église en difficulté ou souffrante n'est-elle point déjà l'objet de la sollicitude de toute l'Église? Que faire de neuf, sans brimer les œuvres existantes et qui, nous ayant précédés, avaient pris à cœur un secteur de l'Église en difficulté ?

Il fut alors question de coordination de tant d'actions un peu éparpillées ou disparates, qui parfois se recoupaient. Et ce fut un moment où les ténèbres s'épaissirent. Nous ne nous sentions pas la vocation de créer une «Organisation de coordination». Nous voulions quelque chose de vivant, quelque chose de familial, quelque chose qui nous fasse vivre à la dimension de l'Église, dans une relation de réciprocité, cette relation qui nous semblait inséparable de la vraie vie du Corps Mystique.

L'Église en difficulté? L'Amérique Latine venait de pénétrer la conscience de l'Église, et cette inquiétude et ce souci se concrétisaient chez nous par d'es initiatives nouvelles, Elles étaient dès lors mieux au fait que nous-mêmes.

Il y avait aussi les «Jeunes Églises», celles-là dont nous pressentions bien -comme vient d'en témoigner le Concile- qu'elles cherchaient leur personnalité propre, qu'elles souhaitaient entrer dans l'aula qui rassemble les Églises, et qu'elles avaient faim de relations horizontales et non plus seulement verticales. Mais ces problèmes missionnaires nouveaux, d'autres que nous y songeaient également.

Et puis, il y avait encore alors cette Église dont on ne parlait guère. Nous l'avions rencontrée autrefois, alors qu'à Berlin ou ailleurs, préoccupés des réfugiés, nous avions vu, traînant leur maigre ballot et leurs yeux vagues, les premiers fugitifs de la zone orientale de l'Allemagne. Cette Église dont, plusieurs années auparavant déjà, un excellent petit ouvrage nous avait révélé les problèmes et communiqué le souci et l'inquiétude. C'était l'Église souffrante, «l'Église du Silence». Mais si lointaine, si réduite et tellement circonscrite, comment pourrions-nous jamais l'atteindre?

Parce qu'Il le souhaitait sans doute, le Seigneur dès lors a Lui-même guidé nos pas. Nous ne saurions refaire ici ce long itinéraire qui nous a conduits à l'aube de cette 10ème année d'existence. Amis, rappelons-nous seulement quelques étapes successives: la découverte d'une criante misère matérielle; la rencontre d'une souffrance d'autant plus profonde qu'elle était muette; le discernement de l'effort systématique d'asphyxie auquel elle était affrontée; la découverte du visage de cette Église, l'éblouissement du message que les plus saints de ses fils nous ont partagé; l'effort de communion profonde pour porter ensemble la croix, parallèlement à cet effort de conversion, fidèle au message de purification que nous en avons reçu. Cette conviction enfin, qu'il nous appartient ainsi de rendre féconde cette souffrance, apparemment inexplicable, de lui donner un sens, et de donner ainsi à nos frères d'accomplir parmi nous leur vocation. Et dès lors, pour nous tous, et nos frères et nous mêmes, cette extraordinaire illumination: malgré toutes entraves, oui, la vie circule à nouveau, oui, le sang irrigue à nouveau l'organisme entier. Notre propre tiédeur s'enrichit du témoignage de nos frères fidèles, le désir de communion qu'il éveille se manifeste en nous par un effort plus large de Charité à leur égard; cette Charité elle-même redevient pour nos frères source de consolation, de courage, de fidélité et d'Espérance; à nouveau, nous entendons alors leurs voix: ils nous disent leurs souffrances, mais aussi leur joie d'avoir redécouvert qu'ils n'étaient pas tout seuls, et cette conviction elle-même les hausse à plus de générosité dans la fidélité. Et ce témoignage revient encore vers nous et nous provoque à nouveau!

Amis, voilà ce qu'est l'Entraide d'Église. Entre vous et nos frères de l'Église du Silence, nous sommes seulement un pont, un humble pont, qui tient à sa pauvreté de moyens, de représentation et même d'initiative. Pour que voix soit restituée à ceux qui étaient contraints au silence, afin de vivre, -à la suite de l'invitation pressante du Concile- afin de restaurer les temps privilégiés de Charité que nous révèlent les Actes des apôtres: «Voyez comme ils s'aiment».

Voilà donc, Amis, ce que nous avons reçu depuis tant d'années. Voilà ce que l'Église du Silence nous a apporté. Et nombre de vos propres réponses en témoignent. Voilà aussi ce que vous avez pu lui donner. Nous sommes seulement le pont, soucieux seulement de bien livrer passage, sans rompre la liaison. Nous sommes le porte-voix, le relais qui accueille la leur et leur répercute la vôtre. Et souvent alors, croyez-nous, nous sommes en tremblant, les témoins de ce fleuve de grâce que le Seigneur Lui-même a fait couler sous ce pont et qui d'une rive à l'autre, balance son flux et son reflux.

Amis de l'Entraide, grâce à Dieu! Grâce à Lui, qui nous a révélé le Christ crucifié, et nous n'en connaissons point d'autre. Grâce à lui, qui nous a révélé Jésus ressuscité au cœur même de la nuit, pour que notre foi aveugle et celle de nos frères s'accroche à son Visage.

Et maintenant, il faut poursuivre ensemble, plus conscients de nos devoirs, de notre dette, de notre engagement, de la mission peut-être, qui nous appelle à l'Est.

Nous voudrions faire de cette année UNE ANNÉE JUBILAIRE. Ce que nous avons reçu, le cacherions-nous sous le boisseau? Caritas urget nos. Voulez-vous faire de cette année, avec nous, une année spécialement unie à l'Église du Silence?

Voyez, Amis, cette lettre telle que vous l'avez en main. Elle est différente de celle à laquelle vous êtes accoutumés: plus attractive, plus facile à aborder peut-être, du fait de sa présentation. Il s'agit en effet d'un numéro spécial de cette «Lettre aux Amis », évoquant cette année jubilaire.

Vous allez y trouver concentré un large matériel de réflexion. Pour une fois, nous n'y donnons pas d'informations très précises. Mais surtout, nous avons essayé d'y livrer mieux que jamais la vision de ce fleuve de grâce, de ce flux et reflux qui, d'une rive à l'autre nous rejoint et nous lie à nos frères. Selon notre volonté délibérée de nous effacer dans cet échange, nous vous transmettons ici de nombreux témoignages de frères de l'Est, soit exprimant leur souffrance, soit leur appel, soit la conversion à laquelle ils nous convient. Entendez la voix de cet évêque de l'Église du Silence, et son message qui va à l'essentiel.

Il est possible que l'un ou l'autre témoignage vous soit déjà parvenu. Que cela ne vous étonne pas. En effet, nous allons vous demander quelque chose.

Votre générosité pour l'Entraide d'Église est grande. Nous venons encore de l'expérimenter à l'occasion de la Noël. Vous nous avez confié en 1965 près de 2.200.000 frs. Ces dons sont l'expression d'une vraie prise en charge, dans la Charité. Et c'est à cela que nous attachons du prix.

Nous ne vous demandons pas de majorer vos dons. Faites, cette année encore, tout ce que vous pouvez,... et un peu plus. Devant les immenses nécessités de l'Église du Silence, peut-être est-il nécessaire que notre don entame beaucoup plus que le superflu, jusqu'à modifier sensiblement notre standing quotidien d'existence, pour avoir vraie valeur de communion.

Mais ce que nous allons vous demander, et ceci TRÈS INSTAMMENT, c'est de nous aider à étendre le cercle des Amis de l'Entraide. Une analyse un peu «scientifique»de l'évolution de notre œuvre nous convainc du fait que c'est indispensable, si nous voulons continuer à répondre efficacement à notre vocation de rencontrer et de venir en aide à l'Église du Silence et à l'Église en difficulté. De plus, comment ne pas souhaiter élargir les ondes le plus possible, afin que le fleuve qui va et vient puisse irriguer toujours plus largement?

Mais cette nouvelle extension, comment pourrions-nous la réaliser, sinon a travers vous?

Bien concrètement, voici donc ce que nous avons pensé, vous associant à notre travail: voici donc ce numéro qui inaugure notre année jubilaire. Nous l'avons tiré en un tirage trois fois supérieur au tirage habituel, soit en plus de 25.000 exemplaires. Et nous vous le confions! Que chacun des Amis de l'Entraide prenne à cœur de trouver un, deux ou trois Amis nouveaux, qu'il aura convaincus; de ces Amis nouveaux, prêts à se laisser gagner aussi par cette vie du Corps Mystique, prêts à «passer le pont»d'une manière ou d'une autre, prêts à se convertir pour permettre à nos frères d'accomplir parmi nous leur vocation.

Demandez-nous donc les exemplaires supplémentaires que vous souhaiteriez de ce numéro spécial. Nous vous les confierons avec reconnaissance. Remarquez que c'est pour vous une occasion de vous donner un peu plus à cet échange avec nos frères. (Et vous nous aideriez beaucoup en songeant à alléger le poids financier de cette édition spéciale!!)

Soyez attentifs à trouver toutes occasions de propager ce message. Pour vous aider, nous sommes toujours à votre disposition. Conférences, projections de diapositives, accueil paroissial à l'exposition quand le temps sera redevenu plus clément, etc.

Alors, cette Église du Silence que l'on avait pensé réduire, reprend place dans cet échange, et c'est elle qui enrichit le trésor de l'Église puisque le salut vient de la Croix. C'est elle qui vient nous enrichir, provoquant en nous ce désir sincère d'un retour plus total vers Dieu. C'est elle, dont nous percevons la lueur, battue par la tempête, tout en haut de la montagne enténébrée. Que, dans cette nuit si opaque, nous puissions nous rassembler, être de ceux qui, lentement, à tâtons, en trébuchant parfois sans doute, parce que la route est longue et difficile, mais tout de même liés en cordée, progressent vers cette lueur, serrant eux-mêmes leur petite lumière tremblotante, afin d'unir là-haut ces flammes battues et vacillantes, pour qu'elles deviennent alors comme une aurore boréale.

C'est cela l'effort de l'Entraide d'Église. C'est cela la vie du Corps Mystique.

Nous avons sous les yeux le carnet de notes de ce séminariste qui, ayant rêvé de mission lointaine, s'épuisait et dépérissait au lourd travail du camp de concentration. Et quand il était déjà bien usé, nous lisons de sa main: «Dans la lutte, lorsque tombe le porte-fanion, alors un autre reprend en main la bannière. Il importe peu QUI tient la bannière et l'élève vers le haut. La seule chose importante, c'est qu'elle fut tenue vraiment bien haut et jusqu'à la fin». Et il envoyait sa croix de mission, comme on passe un relais.

Et nous nous disons: «Cette croix, si nous la tenions à deux mains, la sienne, défaillante, et la nôtre? Et peu importe qui y succombe, pourvu que la Croix soit levée bien haut!»

ENTRAIDE D'ÉGLISE.

mais «l'église du silence»
dans ce climat nouveau de dialogue
n'est-ce pas un peu «dépassé»?

«Il y a pour le Pape une grande affliction, dont son cœur souffre toujours lorsqu'il évoque ses chers frères dans l'épiscopat, ses excellents prêtres et ces fidèles fervents, nombreux, trop nombreux, qui çà et là dans les diverses parties du monde, souffrent parce qu'ils sont privés de leur liberté humaine et religieuse, et parfois même physique et morale, coercitions comparables à celles qu'ont subies les premiers héros et martyrs du christianisme.

Nous savons ce que signifie vivre avec le Christ, avec son Église, avec sa Croix, et ce que Nous pouvons attendre des ennemis du Christ et de la civilisation chrétienne. Cela Nous rend d'autant plus sensible à l'affliction de Nos frères, qui continuent à souffrir dans la tribulation, et Nous encourage à hâter pour eux tous et pour le monde entier la victoire de la vérité, de la justice, de la liberté et de la paix.

Que le travail ardent et réfléchi de la préparation plus immédiate du Concile œcuménique, avec la contribution ordonnée et précieuse de ceux qui composent les dix Commissions et les secrétariats désormais prêts à se lancer dans la grande entreprise qui leur a été proposée, comporte toujours le rappel de l'Église livrée à la persécution dans une instante communication de prières, de labeurs et de mérites... «

JEAN XXIII
- Audience solennelle aux membres des Commissions
et secrétariats préparatoires au Concile - 14-11-1960.

«En célébrant solennellement le centenaire de cet heureux événement, on doit avec une piété profondément respectueuse, rendre grâce à Dieu, de ce bienfait indicible que fut pour la chrétienté l'arrivée providentielle des Saints Cyrille et Méthode. Par eux en effet, soit directement, soit par leurs disciples, la foi chrétienne et la civilisation ont été apportées aux peuples slaves.(...) Malheureusement, dans nombre de ces pays, ces bienfaits naturels si sublimes, les gloires transmises par les ancêtres, la noblesse du nom chrétien, sont lamentablement méprisés. Plût au ciel que l'on regrette enfin d'écraser ce qu'il faudrait profondément estimer et aimer, et que, les idées des gouvernements s'étant améliorées, -comme NOUS voulons l'espérer- la tempête se change en brise légère! Afin qu'à vos peuples soit conservé intégralement le trésor inestimable de la religion chrétienne transmis par vos ancêtres. Nous désirons qu'en cette année vous offriez à Dieu, avec une plus grande ferveur, vos prières, vos demandes, vos sacrifices, vos larmes et le fruit de vos bonnes œuvres, conservant le mystère de la foi dans une conscience pure (cf. 1 Tim., 3, 9). Touché par tant de supplications, le Maître et le Souverain Seigneur de toutes choses et de tous les temps mettra fin, comme nous l'espérons, à votre affliction et à votre tristesse, et procurera à ceux qui se sont confiés à son secours et à sa protection, une consolation d'autant plus douce qu'inattendue.»

JEAN XXIII
- Lettre aux évêques des nations slaves,
à l'occasion du 11ème centenaire de l'arrivée
de Ss. Cyrille et Méthode en Grande Moravie -11-5-1963.

«Cet aspect providentiel de la souffrance nous fait penser aux conditions dans lesquelles se trouvent encore de nombreuses portions de l'Église catholique, conditions toujours si tristes et si offensantes pour l'idéal humain dont la civilisation moderne voudrait s'inspirer. Aujourd'hui encore, le Corps du Christ est crucifié moralement, mais lourdement dans de nombreuses régions du monde. L'Église du Silence est encore l'Église souffrante, l'Église douloureuse et, en certains endroits, l'Église étouffée. Aujourd'hui encore, Jésus pourrait demander aux habiles persécuteurs modernes: «Pourquoi me persécutes-tu?»(Actes, 9, 4). Cela est triste pour ceux qui sont l'objet de traitements si injustes; cela est indigne pour ceux qui les infligent, même s'ils le camouflent derrière des hypocrisies légales. Nous sommes certain que cette longue passion est réconfortée par l'assistance divine et consolée par Notre compassion, ainsi que celle de la fraternité chrétienne universelle. Nous espérons que par la Croix du Christ, à laquelle elle est offerte et par laquelle elle est soufferte, cette passion sera une source de grâce pour ceux qui la subissent, pour toute l'Église et pour le monde entier.»

PAUL VI
 - Allocution au cours du Chemin de Croix
le vendredi saint au Colisée, 27 mars 1964.

«Mais ici, nous sommes assaillis par une pensée qui semble s'opposer à ce rayonnement doux et fort de notre sympathie humaine et chrétienne à l'égard de tous les peuples de la terre. Une expérience amère et toujours actuelle nous enseigne en effet que l'amour lui-même et peut-être spécialement l'amour, rencontre et suscite l'indifférence, l'opposition, le mépris et l'hostilité. Aucun drame, aucune tragédie n'a été comparable au sacrifice du Christ, qui a souffert le sacrifice de la Croix précisément à cause de son amour pour les autres et à cause de la haine des autres. L'art d'aimer se change souvent en art de souffrir. Il en est ainsi pour l'Église: renoncera-t-elle à sa mission d'aimer en raison des risques ou des difficultés qui s'y opposent?

Écoutez encore St Paul : «Qui nous séparera donc de la Charité du Christ? «(Rom. 8, 35) et reprenez la liste de toutes les puissances adverses que l'Apôtre énumère, comme par manière de défi, pour rappeler que rien ne peut et ne doit nous séparer de la Charité. Ce Concile demande donc humblement au Seigneur la grâce d'être rendu digne de trouver la joie, comme les premiers apôtres, (Cfr Actes, 4, 41), en subissant des outrages à cause du nom de Jésus. Car, à l’heure actuelle, ce Concile pacifique doit subir un outrage grave et douloureux: plusieurs de ceux qui devraient siéger ici avec vous, vénérables frères, manquent à l'appel, parce qu'ils ont été injustement empêchés de venir; cela montre combien est encore grave et douloureuse l'oppression qu'on fait peser sur l'Église catholique en plusieurs pays où, par des méthodes calculées de coercition, on cherche à l'étouffer ou à la supprimer. Cette considération nous remplit d'amertume, en nous faisant découvrir combien le monde est encore loin de la vérité, de la justice, de la liberté et de l'amour c'est-à-dire de la paix, pour user des paroles de Notre vénéré Prédécesseur Jean XXIII. (Cfr encyclique Pacem in Terris).

Mais, fidèles à l'esprit de ce Concile, nous réagirons par un double acte d'amour: d'abord pour nos frères dans l'affliction: Que les anges de Dieu leur apportent notre salut, notre souvenir notre affection; que leur réconfort soit de savoir que leur souffrance et leur exemple glorifient l'Église de Dieu; et au lieu de s'abîmer dans la tristesse, qu'ils raniment dans l'Espérance la communion de charité qui les unit à l'Église. Et ensuite pour ceux qui attaquent le Christ et son Église, qui recourent aux menaces pour paralyser les hommes attachés à la foi en Dieu. Envers eux, nous aurons une attitude de bonté humble et noble, celle qui a été enseignée par le divin Maître : «Aimez vos ennemis..., et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient.»Math. 5, (4) (•••) Que pour tous, l'amour soit le seul vainqueur».

PAUL VI
- Allocution lors de l'ouverture de la 4ème session du Concile - 14-9-1965.

 

un évêque de l'est nous appelle a
la communion avec l’église souffrante

«Aucun Concile, jusqu'à ce jour sans doute, n'a, tant retenu l'attention du monde entier. Tous les hommes, qu'ils fussent croyants ou non croyants, ou même peut-être ennemis de la religion, ont tourné leurs regards vers le Concile et ils en ont attendu quelque chose.

Et si nous nous demandons alors: mais quel fut son but, et ce Concile a-t-il répondu, finalement, à cette attente des hommes? Nous pouvons dire, certes, ce que, très certainement guidé par l'Esprit, Jean XXIII en avait dit au début: la tâche de ce Concile serait de faire réapparaître l'Église en une nouvelle lumière, de la présenter, parée de nouveaux vêtements, afin que par son rayonnement, elle puisse attirer à elle ceux qui sont proches et ceux qui sont loin. Dans les siècles passés, les Conciles se sont souvent érigés en censeurs d'erreurs, et ils ont proféré des excommunications; mais la tâche de ce Concile Vatican II, c'était de revêtir l'Épouse du Christ d'un vêtement nouveau de miséricorde. Ainsi le disait aussi Paul VI, dans son discours d'ouverture de la dernière session : «Que dira l'historien, dans les temps futurs, au sujet de ce Concile ? Dans ces temps de ténèbres, que faisait l'Église? -L'Église aimait». Ainsi, nous pouvons dire que ce Concile fut sans doute la meilleure expression qui fut jamais de ce fait que l'Église, l'Épouse du Christ, et consacrée à l'Amour. Sous la conduite de son Chef et la grâce de l'Esprit-Saint, l'Église a réentendu le commandement du Seigneur: (Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. Ceci est mon commandement, que vous vous aimiez les uns les antres». Trois fois, durant ce dernier repas qui le rassemblait avec ses apôtres, le Christ leur a redit ce message, qu'ils aient à s'aimer les uns les autres. Et aussi, qu'ils fussent un. Aujourd'hui, après des siècles l'Église a été reconduite vers ces sources premières, que le Concile vient d'exprimer: l'Amour et l'Unité. Car, c'est à cela qu'elle pourra être reconnue, puisque c'est à cela que seront reconnus ses disciples: qu'ils soient un et qu'ils s'aiment.

Et dans cette ligne, l'Église a recherché ce qu'elle était elle-même, dans son propre mystère, elle a dit ce qu'elle pensait d'elle-même, et elle s'est définie comme la communauté des saints ou comme le Peuple de Dieu, le Corps Mystique du Christ. Et quelles sont les caractéristiques de la famille de Dieu ou du Peuple de Dieu, quel est le lien qui unit ses membres? L’Amour. Et encore cette union en Un seul Corps, cette unité, cette communion.

Et c'est pour cela que s'exprime alors toute la sollicitude de l'Église, son souci d'approfondir ces liens réciproques, de susciter un courant d'union. En ce sens, Vatican II peut s'appeler un Concile œcuménique. Car il veut rapprocher les chrétiens entre eux, aller à la rencontre de tous les hommes. Ainsi, il a ouvert les portes, et non seulement pour les chrétiens, mais aussi pour tous, et même pour les athées, et il a proposé d'entrer en dialogue avec le monde.

Et l'on peut se demander: mais où l'Église va-t-elle puiser cette force attractive, ce désir d'aller à la rencontre des chrétiens, des non-croyants et même des ennemis de Dieu ? C'est en elle-même que doit puiser l'Église, afin d'être, comme le disait Paul VI comme la cloche qui sonne et qu'entendent ceux qui sont proches et ceux qui sont loin aussi, et même ceux qui n'aiment point l'entendre... elle sonne ainsi, parce qu'elle a aimé. «A cela, ils reconnaîtront que vous êtes mes disciples». Et puis: «Qu'ils soient un, Père, afin que le monde croit que Vous m'avez envoyé». Ainsi sa plus grande force de rayonnement réside dans ces liens réciproques qu'elle veut fonder dans la Charité.

Dans cette ligne de l'unité du Corps Mystique, l'un des thèmes les plus approfondis, au Concile, fut celui de la collégialité, c'est-à-dire de la coresponsabilité des membres les uns à l'égard des autres. Ainsi d'un évêque à l'égard d'un autre. Jusqu'ici, peut-on dire, l'Église était comme partagée en de nombreuses petites Églises locales, sous la responsabilité des évêques... Ceci demeure, mais chaque évêque se redécouvre responsable pour toute l'Église, et très particulièrement pour chacun de ces pays ou diocèses où l'Église est en situation difficile. Cette conscience renouvelée de la collégialité épiscopale devra trouver son incidence aussi dans tout le Corps Mystique, et l'Église devra éduquer les prêtres et tout le peuple de Dieu à ce sens d'une profonde coresponsabilité, d'une responsabilité réciproque. Et les laïcs ont ici leur place aussi -ils étaient présents au Concile!- ils ne sont point des membres «négatifs»ils sont nos collaborateurs, et il leur faudra eux aussi se redécouvrir responsables, chargés d'une grande tâche, et là très spécialement où ne sait point pénétrer le prêtre.

D'un mot, nous pouvons donc dire: le Concile Vatican II, dans le plan de Dieu, a servi à éveiller dans l'Église cette conscience de la communion, de la communauté, de la responsabilité d'un membre à l'égard de l'autre.

Et comment vivre cette communauté? Fonder d'abord une communauté spirituelle. Prier réciproquement, les uns pour les autres. Comme dans une famille, où tout bien est mis en commun.

Souvent, pendant ce temps du Concile, le St Père, avec peine et douleur, a évoqué l'absence de beaucoup de fils absents. Le 28 octobre, au cours d'une Congrégation Générale solennelle, le St Père a concélébré avec des cardinaux et évêques, et le St Sacrifice fut offert pour tous les évêques qui n'avaient pu obtenir la faculté de participer au Concile, et pour tous les membres souffrants de ces Églises. Comme dans une famille encore, notre souci allait alors vers les frères les plus démunis, les plus souffrants; vers eux doivent aller d'abord notre amour et notre prière.

Et si nous nous reposons cette question? D’où vient la force de l'Église, d'où lui vient son salut? Nous savons la réponse: la force de l'Église réside dans la Croix.

Nous avons appris cela, de notre propre expérience, lorsque nous avons été en camp de concentration. Et ceci est confirmé aussi par nombre d'autres évêques et prêtres d'autres pays également. Nous avons été amenés à redécouvrir cela, même si au début nous nous sentions comme inutiles: nous étions prêtres et nous ne pouvions exercer aucun service pastoral. Mais, plus tard, nous avons découvert: comme prêtres, nous ne sommes rien d'autre que serviteurs du seul Grand-Prêtre, le Christ. Et lui, sa Messe la plus solennelle, II l'a célébrée sur la Croix. C'est par la Croix qu'Il a sauvé le monde. Lui-même, Il a supplié le Père : «Demanderais-je au Père de me libérer de cette heure. Mais, c'est pour cela même que je suis venu!». Nous avons ainsi découvert que la première tâche de l'Église, aujourd'hui, c'était d'accomplir la même mission que celle du Christ. Comme dit St Paul: «Je dois ajouter dans ma chair, ce qui manque à la Passion du Christ». Voilà la richesse de l'Église: la souffrance et la Croix.

Ainsi, peut-être est-il dans le plan de Dieu que toujours une part de son Église soit liée à la Croix, pour le salut du monde, le salut des péchés. Peut-être aujourd'hui, jamais l'Église n'a-t-elle eu plus de martyrs, parce qu'il n'a jamais été si nécessaire d'expier pour les péchés du monde. C'est pourquoi, il nous faut considérer cette Église souffrante comme le membre qui paie pour nous tous comme le Christ Lui-même a pris cette contribution à charge.

Vous savez que lorsque des bactéries s'attaquent à un point du corps et le menacent, toutes les forces vives de ce corps se liguent pour que la maladie ne puisse détruire l'organisme. Ainsi dans notre Église. Comme nous sommes comptables à l'égard de ceux qui souffrent! Nous sommes aussi comptables de leur venir en aide. Ce sont des hommes, ils ont besoin d'une aide humaine. Voyez le Christ. Quand vint son Heure, à Gethsémani, Il ne voulut pas rester seul. II a choisi ses trois apôtres et par trois fois, Il est revenu vers eux et les a suppliés: «Restez avec moi, au moins une heure; priez, priez, priez...». Et quand les apôtres lui ont fait défaut et l'ont laissé seul, alors le Père Lui-même lui a envoyé un ange. Bien que le Christ, tout homme qu'Il fut, fut en même temps Dieu. Quel mystère! Il eut besoin de la force et de la consolation d'un ange!

Ainsi, soyons proches de nos frères qui souffrent aujourd'hui. Il faut les aider, d'abord par la prière et par la libre offrande de nous-mêmes. Ainsi s'opère ce lien d'amour et d'union, dans la Communion des Saints. Ce que souffrent ces frères, ils le souffrent pour toute l'Église.

Nous avons un jour reçu une lettre qui suppliait: «La persécution dure déjà depuis tant d'années, depuis plus de quinze ans, et le calice que le Seigneur nous a donné à boire pour le salut, semble déjà rempli a plein bord, et nous ne savons pas combien de temps nous pourrons encore lui rester fidèles!»

Nos frères nous supplient d'être présents à leurs côtés dans cette grande épreuve... Dans une famille, quand un enfant est malade toute la famille est auprès du lit de cet enfant; ainsi toute l'Église doit être liée à ses membres souffrants, à l'Église souffrante. Alors nous participerons, tous ensemble, à cette grande mission du Christ, pour le salut du monde entier. Seulement par la prière et par le sacrifice».

la voix frères de nos frères

SOUFFRANCE

«Quand je regarde tous ces livres, parus en Occident aux alentours de 1949 et que j'ai là, à portée de main, tous ces livres L .. ils ne peuvent absolument plus rien nous dire. Ils parlent de la souffrance, d'une manière «sucrée ». Vous savez, c'est tout autre chose. Quand on souffI-e, jour après jour, et quand on doit lutter chaque jour, et qu'il faut s'atteler à cette charge, juste comme un âne qui traîne sa peine, sans un mot de consolation, c'est une autre affaire! Comme il serait nécessaire de nous donner de la littérature écrite pour ceux qui souffrent. Il y a un livre français, qui a beaucoup circulé chez nous, mais on sent, quand il écrit sur la souffrance, qu'il a été écrit en chambre. Il ne sait rien nous donner!»
«Je suis venu en Occident. Et je n'ai trouvé personne sur mon chemin, avec qui il me fut possible de discuter de l'encyclique de Jean XXIII. Ainsi, je peux penser qu'ils ne l'ont pas lu. Et je ne serais pas étonné que vous ayez beaucoup à souffrir un jour, pour apprendre tout cela. Peut-être, à l'Ouest, les encycliques ne sont elles pas lues autant que chez nous?»

«80% de notre jeunesse est devenue indifférente, du point de vue religieux. Ils lui ont pris Dieu, mais ils ne lui ont rien donné à la place. Et c'est cela qui cause cette grande démoralisation de la jeunesse. Nos jeunes sont tout-à-fait détruits, et ils ne voient aucune Issue.»

VIVRE AVEC L’ÉGLISE

«Une chose, chez nous, a éclaté comme une bombe: le retour de Paul VI de son voyage en Terre Sainte. 80% des gens ont vu ce retour, à la T.V. Parfois, il y avait 30, 40 personnes devant le téléviseur. Les communistes, par curiosité; les catholiques, avec joie. Les communistes ne s'étaient jamais attendus à tant de vitalité de la part de l'Église. Que celle-ci ait pu témoigner de cette vitalité, a fait profonde impression. Si j'étais catholique (ce frère est protestant), je serais fier d'une telle vie de l'Église».

«Du Concile, tout le monde parle. Même les instances supérieures du Parti. Il est arrivé, dans des rencontres du Bureau, que l'on n'ait pas travaillé, tant on en discutait. Le fait que l'Église puisse encore disposer d'une telle audience a fortement frappé».

Un groupe de religieuses, actuellement regroupées en un couvent de concentration, a écrit au St Père : «Avec profonde reconnaissance et édification, nous prenons part, nous aussi, à la vie de l'Église vivante, dont le Pilote, en ce temps, est Votre Sainteté. Notre amour et notre profonde communion avec votre Sainteté, nous pouvons les prouver en chaque occasion de notre vie. Nous ne voulons pas et nous ne saurions pas rester à l'écart à l'occasion de votre fête et en cet anniversaire de deux années de Votre pontificat».

«Avec zèle, nous allons nous-mêmes vivre ce renouvellement liturgique qu'a proposé le Concile. Chaque jour, nous pouvons participer à la Ste Messe.

( ... ) même si la nostalgie de la terre natale nous étreint le Cœur, même si saigne notre cœur, nous repensons alors à. ce proverbe allemand qui dit : «Offrir son sacrifice et puis chanter alléluia!». C'est ainsi que le veut le Seigneur, et c'est donc ainsi que je le veux aussi. Tout ce que je fais dans la journée est imprégné de sacrifice et de dépouillement de moi-même. Et c'est ma manière de témoigner, devant les autres, qui m'entourent, et qui ne peuvent y croire.

Grandes sont les intentions de l'Église en Concile, et par mon offrande, j'essaie de réaliser concrètement ces grandes découvertes. J'use de toutes les occasions pour soutenir un peu de mon sacrifice ces grandes intentions conciliaires. Toutes mes prières, tout mon travail, je les ai offerts dans ce but».

«Notre jeunesse se perd, sans but, désabusée ... Mais, parmi cette même jeunesse, il en est qui se taisent et qui croissent, comme autrefois dans les catacombes. Ce sont des Jeunes extraordinaires, convaincus de leur foi. Nous n'avons pas une foi comme la leur».

LE TÉMOIGNAGE PAR LA VIE

«Qui dira l'aide que le petit peuple a apporté à son Église, à ses prêtres. Au plus fort de la tourmente, alors qu'abriter un prêtre fugitif signifiait un acte criminel, passible des peines les plus sévères -arrestation, éparpillement de la famille- jamais nous n'avons trouvé porte fermée. Chaque foyer s'ouvrait, prêt à nous accueillir.

Qui dira cette geste, cette nouvelle histoire des Actes des apôtres. Je me souviens, cette femme qui hébergea des prêtres traqués.

Dans la suite, son mari fut condamné à mort. Mais, même dans les pires dangers, sous les plus graves menaces, devant les risques qu'elle assumait, jamais je ne l'ai vue triste, jamais. Ce n'était pas pourtant, en apparence, une femme forte. Mais c'était celle que loue l'Écriture! Toujours joyeuse. Chaque matin, elle était là, lorsqu'un prêtre hébergé en cachette célébrait chez elle la Ste Messe ... Beaucoup plus tard, son mari en prison, elle dut travailler en usine pour nourrir ses nombreux enfants. Ses camarades d'atelier ont témoigné du fait que, même dans ces heures les plus sombres, jamais elles n'avaient vu personne plus soucieuse des autres, apparemment plus joyeuse».

LA COMMUNION AVEC LEURS FRÈRES

«Ne te fais pas de souci au sujet de petits envois de dons matériels. Crois-moi, un mot d'encouragement qui nous parvient, et nous l'apprécions plus que toute autre chose. Je ne voudrais pas que cette union qui nous lie puisse être contaminée par des questions d'ordre matériel. Je ne sais si tu comprends ce que je veux dire, mais je pense que tu peux comprendre. Nous saluons tous nos amis, nous ne les oublions pas, nous sommes toujours unis en pensée avec eux».

«Je voudrais vous dire tout de suite ce que cette communion a été pour nous. Cette découverte a été tout à fait bouleversante, et nous sommes encore sous cette impression. Nos yeux et notre âme se sont ouverts et chaque jour a retrouvé sa valeur. Ces difficultés de notre vie, à travers lesquelles Dieu nous visite, nous les acceptons avec grande intériorité et grande humilité et je comprends alors que c'est dans la souffrance que nous rencontrons Jésus abandonné.

Souvent cela ne va pas. Mais comme une force puissante, j'expérimente notre proximité. Nous savons que nous sommes unis dans la souffrance... Le soir, lorsque je fais mon examen de conscience, je me mets en présence de Dieu et de vous, et il est arrivé souvent que j'ai senti que vous n'auriez pas été d'accord avec telle attitude; mais mon attitude a-t-elle été juste, alors ce moment me remplit de contentement et de joie. Et cela, je veux le partager aux autres, à pleines mains, à ceux-là qui vivent autour de moi. Il est si difficile d'écrire tout cela... Je ne sais d'ailleurs si cette lettre vous parviendra jamais.  Mais, pour moi, il me suffit de vous l'avoir écrite».

APPEL

Nous avions demandé à cet évêque de l'Est : «Que pourrions-nous vous offrir?». Et il nous a répondu :

«D'abord votre prière ... Nous avons besoin d'abord de votre prière! Nos chrétiens souffrent beaucoup... Nous sommes tous faibles! Mais nous voulons être fidèles. Pour cela, donnez-nous votre prière.

Quand tout est facile, il semble simple aussi d'être fidèle. Mais dans la difficulté! Quand tout devient difficile, quand il faut souffrir, se sacrifier pour cela, la fidélité est alors le témoignage d'un véritable amour, qui plaît au Seigneur.

Beaucoup de nos fidèles l'ont compris : «aujourd'hui, cette douloureuse situation, c'est une occasion exceptionnelle que le Seigneur nous offre de lui manifester notre amour, dans la fidélité.»

Beaucoup de nos chrétiens l'ont accepté. C'est à travers beaucoup, beaucoup de souffrances qu'ils assument volontairement de témoigner de cet amour.

Mais pour rester fidèles, nous avons besoin de votre prière. Cette fidélité difficile réjouit le Seigneur! Nous voulons la lui offrir. Mais nous sommes bien faibles aussi. Priez pour nous!

Priez pour moi! Je me sens faible, et âgé, et malade! Je veux rester fidèle. Priez pour nous. Priez pour moi...».

 

le reflux

Nos frères nous ont fait entendre leur voix... Souffrances, témoignage qui nous incite, nous aussi, à nous convertir, à revenir avec eux vers l'Essentiel de notre Évangile, qui est amour. Nous les avons entendus appeler à la communion avec eux ...

Et voici que notre voix leur est parvenue. Ils ont redécouvert qu'ils n'étaient pas tout seuls, ils ont reçu parfois le témoignage tout proche d'une Charité qui les a enveloppés et qui, en un instant, leur a apporté consolation, encouragement et force.

Et voici, -le fleuve de grâce se balance d'une rive à l'autre- voici le reflux. Voici la réponse de nos frères. Et nous l'accueillons, nous la laissons pénétrer en nous. Nous la méditons. Elle nous appelle, elle nous provoque. Nos frères nous enseignent. Ils versent leur trésor au trésor de l'Église. Ils nous sauvent. Sur ces chemins de purification, sur ces chemins de croix, irons-nous les rejoindre?

«... nous avons commencé à vivre selon une nouvelle conception de vie. Notre famille en est toute changée, parce qu'elle baigne dans une toute autre atmosphère. Et cela nous aide, même dans les toutes petites choses.

Souvent, notre famille est comme un petit navire, tout balloté dans la tempête et luttant contre cette tempête, mais maintenant, nous luttons avec patience et nous nous communiquons, à travers notre amour, ce qui nous est nécessaire pour vivre aujourd'hui dans notre situation. Parfois, mon mari flanche un peu, ou bien moi-même, mais nous sentons alors comme une voix qui nous appelle à retrouver le contrôle de nous-mêmes, et nous revenons à nous. J'observe cela aussi, chez mon mari, et nous recommençons alors, avec un plus grand courage, afin d'arriver un jour à ce regard avec lequel nous puissions considérer, avec des yeux sûrs: Mon Dieu, j'e suis là où tu souhaites que je sois! Je sais ce que cela va me coûter d'efforts et de patience, mais je suis convaincue que Lui qui nous a appelés, nous donnera la force de l'approcher. Je suis décidée à suivre ce chemin, mais vous ne pouvez imaginer, -même si je suis bien décidée- combien de faiblesse et d'impuissance je sens en moi... En moi, tant de choses luttent encore contre cela même. Et moi-même, je lutte contre elles. Et lorsque j'ai manqué à cet amour que vous nous avez révélé, j'ai des remords de conscience, et dans mon âme naît l'inquiétude, comme un roseau balancé dans le vent. Et quand resurgissent à nouveau ces mêmes difficultés, quand je me retrouve aussi faible, une fois encore, je me renouvelle encore, et je reprends toujours ce même chemin.

Que je ne m'accroche pas aux choses qui passent. Si je considère cette année, qui nous a découvert ce chemin, cette année, cette période..., il me semble que je suis comme un petit chaton, qui, après quelques jours, vient d'ouvrir les yeux, et commence à voir. Cette année, je veux l'appeler l'année de la lumière. Je suis convaincue que dans la prière quotidienne, vous êtes avec nous chaque jour.»

*

«Je veux considérer chacun de mes proches avec les yeux de la Charité, de la disponibilité, de la reconnaissance. Même si je m'y applique, cela ne réussit pas toujours car la répulsion me gagne quand je vois combien les gens autour de nous sont amoraux, combien sont déloyaux, combien poursuivent seulement un carriérisme, et tant d'autres fautes -ce qui ne veut pas dire que je sois meilleure!- Je souhaite tellement que nous puissions trouver, autour de nous, un petit noyau vivant de cet esprit. Ce serait un tel réconfort, et il nous serait tellement nécessaire dans ces circonstances de vie.

Il y a des moments où je médite ainsi: prends patience, montre à ces gens la valeur des choses, dans une autre lumière, celle-là même que nous avons reçue par vous, et qu'eux n'ont pas. Dans ce sens, ils sont des minus habens. Efforçons-nous de leur apprendre la Vérité et l'Amour, car nous ne pouvons nous rencontrer que sur ces deux critères.

Je sais bien combien moi-même j'ai de fautes. Mais je veux, je veux devenir meilleure. Et dans nos circonstances de vie, c'est tellement difficile! Mais je pense que viendra le temps où toutes ces difficultés ne me répugneront plus, mais au contraire, où je pourrai aimer les gens, avec leurs faiblesses également. C'est alors, justement, que l'on se gagne soi-même et que l'on peut offrir. Toute notre famille se ressent déjà de cet effort...

Nous sommes profondément convaincus que c'est LUI que nous devons remercier pour cela, car LUI nous a révélé ce chemin, et je pense que nous ne le quitterons plus jamais. Cette communion avec vous, nous la sentons chaque jour, chaque jour.»

COOPÉRATION A UNE PASTORALE RENOUVELÉE

«Votre précieux cadeau, ce livre liturgique, je l'ai reçu en bon état et bien avant Noël, et ce fut donc un cadeau à mettre sous l'arbre de Noël. Il est bien difficile de trouver les mots pour vous exprimer mes sentiments de reconnaissance pour ce don magnifique, que je puis si bien employer dans mon ministère. Voyez-vous, notre tâche c'est de mettre en pratique l'instruction de la Constitution Liturgique. En somme, nous sommes arrivés à la première étape seulement: Épître et Évangile en langue maternelle, l'Ordinariat de notre pays désirant, très sagement, introduire lentement les réformes liturgiques. Ce livre m'apporte bien les éclaircissements sur cette Liturgie de la Parole, et la Liturgie Eucharistique, il m'offre aussi des intentions de prière bien élaborées. Par-delà ce livre, je retrouve les souvenirs de retraites d'autrefois, retraites spirituelles inoubliables. Croyez-moi, par votre générosité, vous avez ré-évoqué les résolutions dynamiques de ma jeunesse sacerdotale, l'enthousiasme et la vitalité de mon apostolat de jadis, que je réanimais le plus souvent possible autrefois par ces beaux jours de silence et de recueillement en ces hauts lieux de prière... Je vous en remercie très très chaleureusement!

Soyez bénis par l'abondance des grâces de Notre Seigneur et vivez l'an 1966 et toute votre vie dans la joie de l'Esprit-Saint!»

-d'un prêtre de l'Est.

a l’est : «le prêtre»

De l'Église du Silence, nous vient ce témoignage. Il faut en saisir la portée très profonde.

Nous sommes fondés à penser que ces lignes ont été écrites par une religieuse, déportée au loin avec des consœurs, et soumise à un dur travail.

D'autre part, il faut savoir la patiente destruction du prêtre, que l'on s'efforce de poursuivre sur un plan spirituel, pastoral, et même sur un plan humain.

Il faut imaginer alors le drame de tant de ces prêtres, qu'ils soient fidèles ou, peut-être, désespérément épuisés et las.

 

Elles sont belles les mains de la mère exultant de tendresse, rayonnante de bonheur, qui embrasse l'enfant.
Mais, plus belles sont les mains bénies du prêtre
Qui portent sur l'autel l'offrande de Dieu,
Quand, dans la Sainte Messe, dont nous avons besoin,
- Silence, seul règne le silence, et même la voix des lèvres s'atténue
Quand le Dieu Infini, Maître de tous les mondes, dans les mains du prêtre s'est caché,
Sous les voiles, blancs comme la neige, du Pain.

*

O mains mystérieuses, O mains trois fois saintes,
Ne peuvent vous ternir nulle poussière et nulle salissure!
O mains ultra-précieuses, vous pouvez porter le Christ
Et nous le donner, comme le pur amour de Marie.
Nous nous sommes données en offrande à Dieu, par amour du sacerdoce,
Afin qu'à l'instant où tout s'abîme dans le précipice obscur,
Jamais, jamais ne tombent les mains du prêtre
Et qu'elles trouvent en nous un appui.

*

Qui pourrait dépeindre la beauté des pas d'un prêtre,
Quand il cherche la brebis perdue et l'apprivoise.
Le prêtre! Souvent, la douleur baigne ses cils de la rosée des larmes,
Quand il se sent si faible, face à la malice humaine...
Alors, le prêtre vit l'heure de Gethsémani-
Pourtant, il lui faut aller de l'avant, il ne peut reculer en vacillant.
Même s'il saigne, il lui faut, ses brebis égarées
Les ramener à nouveau dans le bercail du Christ.

*

O pas sacerdotaux, soyez bénis!
Nous sommes votre avant-garde, que la voie vous soit plus facile.
Avec vous, nous voulons partager chaque coup dur,
Car ils sont beaux les pieds du messager de la paix et du bien!
Nous nous sommes données en offrande à Dieu, par amour du sacerdoce,
De l'amour le plus pur, que la terre ne peut comprendre,
Pour que nos pas soutiennent les pas sacerdotaux,
Et changent leur empreinte en les saints pas du Christ.

*

Mais plus que les mains et les pas des serviteurs de Dieu,
Le cœur du prêtre est la chose la plus belle.
Voilà une perle précieuse du cercle lumineux des cieux,
Le don qui réjouit ceux qui vivent l'exil.
Voilà le tabernacle, que possède Dieu seul,
Voilà la cathédrale qui se dédie à Dieu chaque jour,
Voilà le don de notre offrande qui devient frère avec l'Hostie
Et avec elle, ensemble, s'échange en Christ sur la patène.

*

O cœurs de prêtres, vous êtes une coupe de Dieu.
Nous vous saluons maintenant mille fois, d'une manière solennelle!
Que vous soyez comme du cristal, que vous parfumiez toujours mieux,
Que vous débordiez continuellement d'un torrent de grâces.
Nous nous sommes données en offrande à Dieu, par amour du sacerdoce,
Et nos cœurs brûlent d'amour sur l'autel,
Afin que brillent, pour l'éternité, de pures auréoles,
Autour des calices vivants -cœurs de nos prêtres.


À méditer pour communier

Vatican et gouvernements à l'est
miséricorde et dialogue-sollicitude ou abandon !

L'Église du Silence, ce ne sont pas seulement des faits concrets, plus ou moins brutaux. Ce n'est pas seulement l'analyse systématique d'une lente asphyxie. Tout au plus, dans cette hypothèse, pourrait-on relever un diagnostic intéressant et constater des effets cliniques, plus ou moins inquiétants. Une telle analyse est indispensable. Elle se doit d'être objective, attentive et assez sereine que pour garder le sens des nuances, la notion du particulier dans le général. Mais, si nous pensons à ce qu'est la fraternité qui unit les chrétiens dans l'Église, cette analyse scientifique d'une situation ne saurait nous suffire.

Certes, il s'agit de comprendre, et c'est premier. Mais il s'agit ensuite -et grâce à cette lumière d'une compréhension objective- il s'agit ensuite de communier. Et c'est bien autre chose.

C'est pour cela qu'il nous semble important d'essayer de nous lier assez à ces frères en détresse, que pour saisir leur réaction, leur souffrance la plus intime, pour sentir finalement - avec leur propre sensibilité, pour pouvoir alors les rencontrer au cœur même de cette angoisse qui est la leur, de cette souffrance qui est la leur. La Charité exige ce dépouillement de nos propres modes de comprendre, pour nous assimiler mieux à ceux que nous voulons aimer. Ainsi, du missionnaire auquel il est demandé d'abandonner son pays et sa culture, pour revêtir jusqu'au plus intime la culture et l'âme du peuple nouveau vers lequel son amour du Christ et de l'Évangile l'a conduit.

C'est dans cette optique, Amis de l'Entraide, que nous voudrions revenir une fois encore, aujourd'hui, sur cette question des relations du St Siège avec les Gouvernements des Démocraties populaires. Souvent, nous avons évoqué pour vous ces relations combien délicates, nous avons essayé, lentement, de vous introduire avec nous dans les nuances de ces problèmes, nous avons cherché à vous en faire saisir la complexité et à vous en présenter les diverses facettes. Nous l'avions fait d'une manière un peu extérieure, jusqu'ici, c'est-à-dire, en projetant notre regard sur cette situation, de l'extérieur.

Nous voudrions ici reprendre quelques aspects de cette même question, mais plus profondément, et nous mettant dans l'âme même de frères souffrants. Essayons de comprendre leur réaction, de saisir les motivations d'une souffrance nouvelle, essayons de penser -en Charité- ce que nous pourrions apporter à nos frères pour leur donner quelque élément de réponse à leur nouvelle question.

Ceux-ci qui, depuis tant et tant et tant d'années, sont restés fidèles. Malgré bien des risques, malgré des périls, et au-travers même d'épreuves douloureuses. Peut-être, ont-ils bu le calice, et l'ont-ils bu jusqu'à la lie. Et comme l'écrivait celui-là «je ne sais pas combien de temps nous aurons encore la force d'y demeurer fidèles». Ils ont vu, autour d'eux, disparaître de la pastorale, ou même de la communauté sociale, les meilleurs de leurs prêtres.  Autrefois, ils étaient parqués en des camps et beaucoup ne sont pas revenus; aujourd'hui, ils sont «nommés» ailleurs, quelque part au bout de la campagne perdue et l'on ne saurait les atteindre ou bien, dans la fabrique, ils travaillent sans pouvoir livrer leur message par la parole; ou bien encore, ils demeurent, mais si étroitement circonvenus qu'ils se terrent et doivent réduire leur apostolat à un service Cultuel. Certains sont condamnés, sous des prétextes infâmants.

Ils ont vu, aussi, -hélas- la destruction de certains de ces hommes qui s'étaient offerts au Seigneur. Même sans les juger, ils ne peuvent pas comprendre leur attitude, elle leur semble compromettante et dangereuse pour l'Église. Ils savent que certains d'entre eux ont acquis leur charge, la juridiction qu'ils assument, non pas de la détermination de leur évêque, mais que la volonté de celui-ci fut forcée ou même qu'il n'est pour rien dans une telle nomination. Ils savent que certains de ces hommes -hélas- ont transigé, non seulement sur l'accidentel, mais aussi sur l'essentiel. Ils ont participé aux orchestrations montées contre l'Église, contre la personne du St Père ou contre l'Ordinaire. Ils ont accepté, peut-être, de susciter un mouvement dissident au cœur même de l'Église. Ou bien, ils sont, auprès des responsables légitimes, l'œil et le bras du pouvoir séculier. Ils savent, -hélas- que de ces pauvres hommes sont tombés, ils constatent de visu, peut-être, la vie de tel ou tel...

Et la tristesse sans nom, la douleur sans mot a envahi leur cœur et leur âme. Comme un galet battu dans la tempête, sans plus rien dire -qu'auraient-ils pu dire?-  ils ont continué à souffrir, et ils se sont cramponnés à leur fidélité.

C'est dans un tel contexte qu'ils entendent parler tout à coup, de pourparlers, d'entretiens, de conversations... Comme ils voudraient y tenir leur place, comme ils cherchent désespérément à atteindre les interlocuteurs! Quels risques ils prennent pour cela. Mais comment leur voix viendrait-elle jusqu'au bureau ministériel où se poursuivent ces entretiens? Comment pourraient-ils y déléguer leur pauvre petit prêtre, toujours sur les dents, toujours en arrêt. Comment pourraient-ils y introduire leurs enfants qui haussent les épaules devant leurs «superstitions», ou prendre ces plénipotentiaires par la main et les conduire dans leurs cités, dans leurs écoles, dans leurs «Collectifs»? Comment leur dire tout ce qu'ils taisent depuis tant d'années, tout ce qui, aujourd'hui, leur monte brusquement aux lèvres? Non. Ils n'ont point part au dialogue, et ils se sentent comme abstraits de l'entretien dont dépend leur sort. Ils étouffent, l'asphyxie gagne toujours, mais il faut y vivre pour le savoir. Mais comment le crieraient-ils aujourd'hui, afin qu'on puisse entendre l'écho de leur voix? Ils savent: nul de ceux qui autour d'eux, cachés dans le marais s'y enlisent, nul de ceux-là ne peut atteindre l'aula de la discussion. Alors à la détresse se conjugue l'amertume. N'avaient-ils point assez souffert?

Leurs journaux argumentent sur le «nouveau climat de dialogue» qui s'instaure entre le Gouvernement et l'Église, «plus compréhensive». Eux vivent la réalité. Et l'amertume grandit, comme s'approfondit encore la souffrance.

Un jour, -et c'en est plus qu'ils ne sauraient encore le supporter- ils apprennent soit que les discussions aboutissent à une «Entente», soit que tel s'honore d'un contact avec le St Siège et en produit les preuves, alors qu'il est -hélas- si pauvrement fidèle... Celui-là qui aurait brigué la place en vue, s'y voit confirmé, comment cela peut-il se comprendre?

Enfermé dans l'abîme de la souffrance, comment apercevoir encore d'autres horizons, comment discerner l'anxieuse recherche de l'Église, à travers ces voies de miséricorde et d'amour? Alors, l'amertume atteint le bord de la coupe et celle-ci déborde: «L'Église elle-même, pour laquelle nous avions ta:1t souffert, l'Église elle-même nous abandonne! Avions-nous mal fait? Où est notre erreur? Pourquoi, oh pourquoi nous avez-vous désavoués? Pourquoi ne nous avez-vous pas interrogés aussi? Connaissez-vous notre souffrance? Savez-vous notre calvaire? «Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi nous avez-vous abandonnés!».

Qui dira la douleur indicible de l'Église? Comme une Mère, remplie d'angoisse, elle cherche la voie de la Charité, dans ces ténèbres. Elle aime, avec un cœur plein de douleur, ces fils écrasés, ces enfants fidèles! Mais, à l'exemple du Maître, elle aime aussi le fils prodigue, et même, elle réentend la voix qui murmure, au jardin de Gethsémani: «Mon ami, qu'es-tu venu faire ici», et qui, plus tard, sur le calvaire enténébré, supplie: «Père, pardonnez-leur, ils ne savent ce qu'ils font».

Comment concilier ce devoir de miséricorde et ce devoir de sollicitude maternelle envers ceux qui sont au plus profond de la souffrance? Comment chercher les uns, sans piétiner les autres. Comment le leur dire? Comment les amener, dans un effort héroïque, à comprendre, à accepter, à aimer plus encore pour entrer à leur tour en ces mêmes voies de pardon et de miséricorde ?

Comment dire cela à nos frères? Comment? Notre anxiété est grande, car leur peine est extrême. Comment? Et surtout que leur dire?
Nous avons médité sur ce thème...
La Parabole de la brebis perdue et celle du fils prodigue? Certes, elles reflètent toutes deux la miséricorde du Seigneur à l'égard du pécheur, mais la situation est différente.

Tandis que s'en allait la brebis égarée, le troupeau continuait à paître, hors de portée de l'œil vigilant du berger en allé, soit, mais aussi sans être l'objet de la cruauté de la brebis fugitive. Et que dit la Parabole du Fils prodigue? Il avait revendiqué SA part d'héritage, il n'avait dérobé celle de son frère. Peut-être, son départ chargerait-il celui-ci de plus de travail, et encore! Les serviteurs semblent nombreux, et pendant son absence, le fils fidèle dispose quand même des libéralités de son Père, pour festoyer avec ses amis!

La recherche et le retour de la brebis égarée et de l'enfant prodigue prennent alors une toute autre tonalité. Le Berger ne réintroduit pas le loup dans la bergerie, mais seulement la brebis fugitive. Et, accueillant le Fils prodigue, à bras ouverts, le Père de famille, même s'il parait un instant oublier la longue fidélité du fils, ne risque pas de lui faire tort.

Ainsi nous répond notre frère à l'Est, possédé de deux sentiments: l'abandon par le Père, mais aussi l'anxiété, la certitude qu'une telle «erreur» va porter le coup mortel à l'Église affaiblie. Et son opposition est donc complexe.

Si nous leur proposons cette ligne de miséricorde comme une ligne d'e mission, destinée à «gagner», «à convertir» les ennemis de l'Église, si nous leurs demandons d'essayer de se sacrifier plus encore pour entrer eux aussi, d'abord par leur compréhension et puis par leur comportement personnel, dans cette œuvre missionnaire, si nous leur proposons la conversion de leurs persécuteurs, ne risquons-nous pas, à la longue, de les décourager encore?

Parce qu'ils vivent le fait: l'étreinte se resserre, et leurs adversaires ne se convertissent pas. Dès lors, s'épuiseraient-ils en vains efforts? Si cette «ligne» de la miséricorde est directement liée à ce but précis de la conversion, et s'ils voient même peut-être leurs adversaires se servir d'e cette main tendue pour en faire le levier d'un nouveau chantage ou d'une pression accentuée, alors? Bien sûr, il y a aussi la Parabole du bon grain et de l'ivraie. Mais l'été vient vite, après les semailles, et, comme le disait cet évêque: «cela dure trop longtemps, cela dure trop longtemps!».
Que dire qui soit secours, et force, et consolation? Que dire, qui soit selon le cœur de Dieu?
Peut-être faudrait-il aller plus loin encore, et sans doute atteint-on l'extrême dépouillement de la Croix, la lie du calice.
Le Christ en croix ... Sa souffrance, c'est beaucoup plus, évidemment, que cette torture physique. C'est aussi, sans doute, la solitude, c'est aussi le péché qui l'écrase. Mais, il nous semble que tout cela se teinte d'une autre douleur encore: l'ÉCHEC DE SON AMOUR.

Il a vu venir Judas, qu'il a aimé de prédilection, et cet «ami» l'a vendu. Il a supplié, en agonie, ses apôtres préférés de demeurer avec lui, et ils l'ont laissé seul à l'heure des ténèbres. Il a tout partagé avec Pierre, et celui-là le renie. Il a choyé son peuple, guéri ses malades, donné son temps, ses nuits, son pain, finalement son Corps et son Sang, et cet Amour se heurte à un immense échec, l'Amour n'est pas aimé. Il est l'Amour, et son regard porte au loin sur l'horizon du monde, possédé par la haine et l'égoïsme et peut-être en faillite. «Il est venu parmi les siens, et les siens ne l'ont pas reçu».

Peut-être pouvons-nous penser que c'est devant cet apparent échec que le Christ agonisant plonge dans l'abime et connaît la tentation du désespoir: «Père, Père, pourquoi m'avez-vous abandonné?». Il semble que le Père ait attendu qu'Il en soit là, confronté à cette ultime tentation, confronté à cet échec, pour le laisser à ses ténèbres et l'abandonner. Mystère de la rédemption! Mais, le Christ alors se ressaisit, et seulement parce qu'Il réassume tout dans la foi qui transcende tout échec, il conclut pourtant, face à cet échec apparent, la phrase ultime, qui est un constat de victoire: «Tout est accompli». Et le monde est sauvé.

Frères, peut-être devrions-nous essayer -mais comment- de vous partager cette spiritualité de l'échec de l'Amour. Oui, sans doute, vous allez échouer dans votre mission, si vous vous efforcez de convertir vos adversaires. Et peut-être même votre amour sera-t-il pour vous un nouveau danger.

Mais si nous acceptons de croire que le Christ poursuit sa passion dans notre Église, il est logique que nous voyons se dessiner sur la trame de notre vie, l'image du Christ en croix.

Aujourd'hui, en certains pays, il semble bien qu'on en soit là: cette constatation de l'échec de l'Amour et ce sentiment de l'abandon du Père. Et la lie que l'on y boit au calice, c'est cela.

Quelle réponse donner, quelle lueur projeter?

Peut-être faudrait-il apprendre -nos frères et nous aussi- à nous engager dans UN AMOUR TOUT-À-FAIT GRATUIT. Celui qui ne demande même pas d'être payé de retour, celui qui ne demande même pas d'en voir le fruit... Aimer, non point «pour convertir» mais seulement parce que le Christ a ainsi aimé.

«Mon Ami, qu'es-tu venu faire ici?». Amour gratuit s'il en est. Le Christ sait que le remord va, tout à l'heure, conduire cet homme au suicide, il sait qu'il va tomber si bas «qu'il eût mieux valu pour lui qu'il ne fut jamais né». Ce mot d'affection, à ce moment crucial, n'est même plus directement un effort missionnaire. Il reste, bien sûr, un appel à l'ouverture du cœur, mais il est surtout un geste tout à fait gratuit. C'est la Charité de Dieu qui s'exprime, non pas même en vue d'un objet, mais parce que c'est l'essence même de Dieu. Lui, Dieu, Il est l'Amour.

Ainsi, c'est cet amour-là, plus dépouillé que jamais, que l'Église aujourd'hui veut offrir à ses adversaires. Voilà, frères, la réponse unique à votre angoissante question. C'est un décalque plus fidèle de l'Amour même de Dieu. Il se défend même d'être une conquête d'une forme nouvelle; cet Amour, c'est la respiration de Dieu même.

Frères, de si loin, pouvez-vous nous entendre? Il est fatal que votre amour, ainsi prodigué, soit encore trahi, mais quand il vient à l'être, si la blessure en est aussi profonde, puisse-t-elle échapper à l'amertume. Ce n'est pas «pour cela» que vous aviez aimé, ce n'est pas «pour cela» que l'Église aujourd'hui va à la recherche du Fils perdu, mais seulement parce que le Christ est tellement proche, que l'on ne saurait porter autre chose que cet amour gratuit.

Ainsi, frères, voyez le Christ en croix. Votre sentiment d'abandon vous identifie plus encore à sa personne. Vous voilà aujourd'hui configurés à Lui. Ici, vous atteignez le sommet.

Alors, -ayant franchi chaque étape douloureuse de la Passion et parvenus au moment suprême, alors, Frères, qu'il vous soit donné d'incliner la tête dans une Foi renouvelée, car «Tout est accompli». Et le monde est sauvé.

Par vous, aujourd'hui, le monde est sauvé.

Rencontre avec le monde de l’est

Un peu partout s'exprime ou se glisse une inquiétude, ou un espoir... Le «Rideau de fer» n'est plus hermétique, et aujourd'hui, le tourisme déferle vers l'Est.

Avez-vous songé, Amis de l'Entraide, à tout l'aspect positif -et négatif aussi- que peut recouvrir ce mode nouveau de rencontre avec l'Est? On a écrit à l'Est que, porteurs d'une idéologie ennemie, ces touristes venaient d'une manière offensive répandre leur erreur et contaminer le pays, si l'on n'y prenait garde. Oh non, il nous faut, absolument, renoncer à toute offensive de quelque ordre que ce soit. Face à la souffrance de nos frères, nous ne connaissons point de «combat» d'aucune sorte, mais seulement une communion profonde et le partage de notre Espérance et de notre Charité. Face à cette douleur, comme le demande le St Père, nous ne répondrons que par l'amour. Et c'est l'amour seul qui devrait guider nos pas, lorsque nous irions vers l'Est.

Mais avez-vous pensé combien il serait nécessaire de connaître la vie de nos frères, avant d'aller vers eux? Avez-vous songé aux formes de communion que l'on pourrait trouver, plus proches qu'auparavant, avec ces frères qui nous voient venir? Avez-vous réalisé le témoignage chrétien, évangélique, qu'il redevient possible de porter en ces terres de mission, si tant est que le style de vie de ces touristes soit vraiment évangélique? Mais, Amis de l'Entraide, avez-vous mesuré aussi le poids du contre-témoignage que peut receler cette coulée de notre monde matérialisé vers ce monde enseigné dans un matérialisme idéologique?

Nous avons à réfléchir à ce problème. N'iriez-vous pas en vacances à l'Est, l'été prochain? Si, oui, dites-le nous, voulez-vous? Avez-vous des amis qui s'y rendront, signalez-le nous aussi! Voyez-vous, en conscience, un chrétien n'a pas le droit de partir en vacances à l'Est, comme il part en pique-nique. Des frères, là-bas, qui souffrent, attendent quelque chose de notre présence au milieu d'eux. Il est, dans ce monde, d'autres hommes encore que leur «foi» tient à l'écart de la nôtre. Ils nous regarderont vivre. II en est, parmi eux, que leur idéal d'autrefois a déçus, réduit en fragments après l'expérience,... ils souffrent eux aussi, et sont en quête.

Pour tous ces hommes, ceux qui sont nos frères très proches dans la foi et l'Église, dans le Christ, ou qui sont nos frères aussi, malgré tout ce qui nous divise, pour tous ces hommes, sereinement, sans apriori, sans orgueil, avec seulement l'Amour, quelle devrait être notre réponse?

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