Bulletin octobre 1964

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L’église du silence ?
… mais nous avons vu les églises ouvertes !

«Un ami qui revient de Prague nous raconte que dans l'avion une femme slovaque n'a cessé de réciter son chapelet, sans ostentation, mais aussi sans le moindre respect humain. Qu'on ne nous parle plus de l'Église du Silence, l'Église des catacombes ... ». Ainsi s'exprimait quelqu'un récemment. Malheureusement, c'est fort simple ...

«Aujourd'hui encore, le corps du Christ est crucifié moralement, mais lourdement, dans de nombreuses régions du monde. L'Église du Silence est encore l'Église souffrante, l'Église douloureuse, et, en certains endroits, l'Église étouffée. Aujourd'hui encore, Jésus pourrait demander aux habiles persécuteurs modernes: « Pourquoi me persécutes-tu?» (Actes, 9, 4) Cela est triste pour ceux qui sont l'objet de traitements aussi injustes; cela est indigne pour ceux qui les infligent, même s'ils les camouflent derrière des hypocrisies légales. Mais nous sommes certains que cette longue passion est réconfortée par l'assistance divine et consolée par Notre compassion, ainsi que celle de la fraternité chrétienne universelle. Nous espérons qu'e par la croix du Christ, à laquelle elle est offerte, et par laquelle elle est soufferte, cette passion sera une source de grâce pour ceux qui la subissent, pour toute l'Église et pour le monde entier.»

«L'Église du Silence se tait ... ne parlant plus que par sa souffrance ... Silence, cri, patience, et toujours amour deviennent, en ce cas, le témoignage que l'Église peut encore donner, et que la mort même ne peut étouffer.» C'est le St Père, Paul VI, qui s'exprime ainsi, d'abord au Colisée, le soir du vendredi saint de cette année, et puis, plus récemment encore, dans son encyclique «Ecclesiam Suam ».

L'Église du Silence est un fait, et tous nos regrets au monde ne sauraient rien y changer.

D'où vient, dès lors, que de plus en plus de personnes, et même de plus en plus de chrétiens sincères, se posent la question? D'où vient que de plus en plus de personnes reviennent d'e ces pays qui s'ouvrent aux échanges commerciaux et au tourisme, et ayant ouvert les yeux, reviennent en posant toujours la même question?

Nous entendons ce touriste revenir d'un pays de l'Est: «J'ai vu les églises ouvertes. Le matin, dans l'église du quartier il y avait quelques personnes qui participaient à la Ste Messe, et même quelques hommes qui -au fait, c'est vrai- se glissaient un peu sur le côté de la nef. Dans une autre église, un jour, j'ai aperçu une religieuse. Le lendemain, dans cette même église, un groupe d'enfants écoutaient le curé, ce devait être une leçon de catéchisme...». Ainsi donc où est «L'Église du Silence» ?

D’autres amies rentrent de Pologne…

Sensibles au problème de l'Église en difficulté, elles ont essayé de voir, de regarder... Leur passage fut rapide à travers le pays, et elles écrivent: «Dites-nous, en quoi consiste exactement la persécution en Pologne?

Nous avons été frappées du nombre de personnes qui assistaient à la messe le dimanche, des jeunes, des vieux, des soldats en uniforme...»

Il fut un temps, les années sombres de 1946-1948 souvent, où la «persécution» frappait ouvertement et brutalement. On savait, c'était public, que la hiérarchie de tel pays était pratiquement déclinée ou emprisonnée ou déportée ... On entendait les échos qui rapportaient les arrestations en masse de prêtres, de fidèles... De grands procès très spectaculaires et des accusations de trahison ne trompaient personne et les débris de personnalités que l'on voyait alors resurgir des prisons symbolisaient une Église outragée et profondément blessée.

Il était facile alors de voir et de comprendre. Assez facile aussi de se laisser émouvoir. Le sentiment de compassion, même superficiel et transitoire, nous donnait peut-être bonne conscience. Le sentiment de sécurité, «d'être de l'autre côté», reprenait vite le dessus. Même à ce moment, étions-nous vraiment proches?

Mais aujourd'hui, la situation est infiniment plus complexe et plus subtile. Les gouvernements marxistes athées ont dû convenir du fait qu'en essayant de briser l'Église par la violence, ils ne réussissaient guère qu'à la faire entrer dans la clandestinité. Ils durent se rendre à l'évidence: le martyre appelle la fidélité de ceux qui suivent... ce que l'on appellera «le fanatisme». L'Église violentée resserre plus fortement que jamais les liens de Charité qui nouent ses membres, et l'héroïsme germe comme des blés durs. Saccager ainsi l'Église équivaut à semer ...

Dès lors, détruire l'Église, arracher la foi du cœur de la génération qui est destinée à forger l'avenir devient au contraire un patient travail, peut-être même de longue haleine. Plutôt que de briser, l'on va s'efforcer de contribuer à l'effritement. Plutôt que de heurter de front, l'on va s'efforcer d'user, et d'user surtout en divisant.

Plutôt que de bannir brutalement, on va patiemment étouffer. Plutôt que de ligoter, on va subtilement tendre les rets qui formeront ghetto. Plutôt que de décapiter, on va posément s'efforcer de diminuer. Plutôt que de condamner ouvertement on va l'aider à s'étioler...

Et puis, le moment vient peut-être où, pour construire le monde que l'on rêve, ce monde enfin libéré de l'aliénation d'un Dieu, l'on a besoin de l'Église, du crédit dont elle dispose encore sur les masses. Ainsi donc, il faut en même temps l'annihiler et en faire usage. Exiger de pouvoir s'en servir, exiger qu'elle y consente et lui faire jouer le jeu. S'en servir, mais susciter en son sein même, des dissidents qui prétendront mieux servir encore. Se servir de ces derniers alors, comme d'un chantage sur les premiers, et d'un front avancé, au cœur même de l'Église.

Le moment vient même, où il semble préférable pour le gouvernement, pour la ligne de sa politique, de proposer un temps de répit, une relaxe, un accord ou un modus-vivendi. L'Église va respirer un peu, se refaire un moment, mais les droits concédés demeurent dans le domaine de l'arbitraire. Ce qui était concédé aujourd'hui redevient prohibé demain, crime contre la sécurité de l'État, témoignage d'esprit réactionnaire, délit.

Une étape. La ligne est très sinueuse qui doit mener au but. Laisser finalement se détacher du peuple cette foi désuète qui l'aliénait, la laisser tomber et flétrir comme un cocon périmé... et s'il le faut, aider encore à cet arrachement. Jusqu'à ce que paraisse: l'Homme, l'Humanité libérée!

De ces différentes attitudes, nous apportons ici témoignage:

C'est à Prague. Le Doyen de l'Université Charles s'adresse à des soldats.

Lui-même sait ce qu'est la foi. Il fut croyant, autrefois. Quand il parle de la religion, il sait ce dont il parle. Quand il parle de la prière, aussi. Il priait autrefois. Dès lors, il connaît beaucoup mieux les ressorts d'une attitude chrétienne que beaucoup de ses collègues qui, comme lui, professent et militent dans l'athéisme. Il s'adresse donc à ses auditeurs: «Tant que vit un profond besoin de la religion dans le cœur de centaines de milliers d'hommes, si nous leur retirions les prêtres, nous n'obtiendrions qu'un résultat: continuer à l'intériorisation du Christianisme, jusque là «officiel» dans les mouvements clandestins de groupes, de familles, de cercles... Et à la place d'églises... nous devrions bâtir des prisons et des camps de travail ! De plus, ce coup porté aux Églises signifierait aussi la prolifération de sectes et celles-ci, plus difficilement contrôlables par l'État, seraient politiquement et idéologiquement beaucoup plus dangereuses. (Sans parler des dommages moraux qui nous seraient infligés à nous, le Mouvement communiste, aussi bien dans le pays qu'à l'étranger!). Voilà le motif pour lequel nous avons encore besoin de curés et d'églises! Compte tenu de la puissance de notre État, il ne serait pas difficile «d'enlever» peu à peu les curés aux gens, «d'économiser» les dépenses, de fermer les facultés de théologie, etc. Mais ce serait une grave faute, qui se retournerait contre nous-mêmes... Ainsi donc, les prêtres et les curés, sans qu'ils le sachent, remplissent une fonction sociale qui nous est nécessaire...». (mai 1964).

Ainsi donc, lorsque dans ce pays, nous pénétrons dans une église où, au milieu d'une petite communauté, officie un prêtre, payé par l'État pour remplir son office, «il remplit la fonction sociale qui lui est nécessaire»! Cette fonction: servir de soupape de sécurité, goutte d'eau concédée pour éviter les soubresauts de l'assoiffé.

Nous avons vu des églises ouvertes! Contribuer à l'effritement:

L'on vient de rendre public un document stupéfiant. Le «département IV», plus précisément l'Office de sécurité auprès du Ministère de l'Intérieur, chargé de la lutte contre l'Église en Pologne, a décidé et discuté la mise en place de tout un réseau de moyens propres à contribuer à l'effritement des paroisses en Pologne. Document stupéfiant, parce que l'on se croirait revenu aux plus sombres heures des années staliniennes! Mais pourquoi justement l'offensive porte-t-elle contre les paroisses? Le document lui-même y répond: «Le principal atout de la hiérarchie, c'est la paroisse. C'est pourquoi, comme à la veille de chaque bataille importante, il faut une connaissance approfondie de l'adversaire, de ses moyens économiques et humains, de ses réserves, il faut vérifier l'influence du clergé dans les différents milieux, ses plans pour l'avenir et ses côtés faibles».

Mais comment faire? Établir des fichiers, renseignant sur la personnalité, la vie, les points faibles, les projets de chacun des prêtres et laïcs engagés. Et parce que s'avère «la nécessité d'analyses courantes, d'appréciations au jour le jour, d'observation de phénomènes nouveaux... », susciter l'organisation d'un réseau serré d'enquêteurs, disons d'espions, recrutés d'abord parmi les membres de la Milice civique, mais aussi parmi «les instituteurs, les services agricoles, les médecins, le personnel des magasins, les employés des P.T.T., etc.». Ces «agents de renseignements» seront donc les pôles d'information... Comment procéderont-ils: «ils doivent manifester de l'intérêt pour toutes les formes de la vie paroissiale, et mettre par écrit (la fréquence de ces rapports dépend de leur nécessité) leur appréciation des phénomènes paroissiaux, des tendances du clergé et des laïcs engagés, des conflits en train de naître, etc. Ils doivent saisir au vol toutes les modifications de la vie paroissiale...». L'attention se portera très particulièrement sur certains problèmes: «les points catéchétiques, les conflits dans les paroisses, la prophylaxie et les répressions, l'aspect psychologique de chaque prêtre en particulier et de chaque laïc engagé»...

Dès lors, en meilleure connaissance de cause, s'appuyant sur «une mobilisation des forces, mais aussi une mise au point technique de tous les moyens matériels», l'on va parvenir à «une élaboration des méthodes opérationnelles qui nous permettront de prendre en main le clergé hostile, afin de le neutraliser en détectant au fur et à mesure ses initiatives et ses projets ».

Et ces méthodes? ... L'on ne peut transcrire ce passage du document sans frémir de peine. Peine pour ceux qui sont visés, et peine pour ceux qui se prêtent à ce rôle. Peine aussi pour ceux qui, un jour, ont pu élaborer de telles perspectives.

«... une série de conflits paroissiaux en Pologne. La connaissance de leurs fondements et des personnes qui y sont engagées nous permettra d'élaborer une tactique opérationnelle afin d'attiser et d'exploiter ces conflits dans le sens qui nous convient et d'affaiblir, de ce fait, l'action du clergé.

Comme bon moyen pour exaspérer les conflits, signalons les fausses nouvelles, intelligemment fabriquées et colportées, transmises adroitement à des personnes aux prédispositions et aux talents de commères, avec une mimique adéquate, au moment opportun et dans les circonstances favorables; ces fausses nouvelles représentent une chance appréciable de découragement, d'accusations, ébranlent les autorités ecclésiastiques, distillent les insinuations, etc.»

Ces quelques extraits sont tirés d'un document beaucoup plus important, complet, précisant la date (12 août 1963) de la réunion, les personnes qui y participaient, et parmi lesquelles on note la présence active du représentant du Comité Central du Parti. Il n'est plus secret que ce document, qui donne toutes les données sur une entreprise opérationnelle contre les paroisses dont la garantie de succès repose sur la clandestinité et le secret, a été «égaré», comme par hasard, dans une église de Varsovie... d'où il parvint vite entre les mains de la hiérarchie.

Proposer un répit, un accord…

Nous venons de vivre l'un de ces moments, dans l'Église de Hongrie. Un accord partiel a été signé entre le St Siège et le gouvernement hongrois, réglant quelques questions relatives à l'Église dans ce pays. Très particulièrement la nomination de 6 évêques à des sièges restés vacants et dont les titulaires avaient toujours été refusés par le gouvernement. Peut-on se réjouir vraiment d'un tel accord; il semble qu'il ne soit pas lui-même exempt de réels problèmes. Mais il manque malgré tout l'un de ces moments d'une légère détente pour l'Église. Dans le même moment pourtant, des manifestations hostiles à celle-ci se manifestent nous rappelant la fragilité de tels répits. Et l'on repense alors à cette réflexion que faisait Mgr l'Archevêque de Vienne, Mgr KOENIG, qui connaît bien la situation à l'Est: «Par essence, le Communisme s'oppose à la religion.

Toutefois, les Communistes ont appris que la persécution ne supprimait pas l'Église, mais la forçait seulement à se cacher. Aussi s'interrogent-ils sur le traitement qu'il convient de réserver à l'Église pour le meilleur avantage de leur régime. Dans le même temps l'Église doit chercher la meilleure manière de protéger ses fidèles sans compromettre les principes» (21 juin 1963).

C'est bien de cela qu'il s'agit. Dès lors le réalisme et la prudence se mêlent à notre espérance. Mais notre espérance va au-delà du temps et nous croyons à la Parole du Seigneur.

Nous reviendrons un jour peut-être sur cette question, très délicate des «Accords» proposés aux Églises, dans les Démocraties Populaires.

Mais nous comprenons un peu mieux. Cette forme de lutte là, elle se perçoit bien difficilement au hasard d'un voyage ou d'une excursion au-delà du Rideau de Fer. Il faudrait y vivre, pour le savoir. Mais pourtant d'être alerté sur la question, nous permet peut-être de mieux interpréter déjà ce que nous voyons. Amies qui reveniez de Pologne, aviez-vous repéré, dans la foule de ces églises, celui ou celle qui y était pour épier et faire rapport?

Comme un cocon, laisser tomber un jour le vêtement usé de la religion! «La religion est aussi une superstition. C'est un genre de superstition qui a des racines profondes… La superstition doit être détruite, c'est tout ce qu'on peut en dire », ainsi s'exprimait le 2 avril dernier le journal chinois Kuang Ming Jih Pao.

Nous reviennent en mémoire ces mots d'un prêtre de l'Est: «Priez, priez tout le temps, ne cessez pas de prier... Jurez-moi que vous ne passerez pas un jour sans prier pour nous, sans prier pour moi». Que cette prière embrasse tous les frères de l'Est, ceux qui sont menacés, ceux dont on cherche à se servir, ceux qui sont héroïques, et ceux qui sont faibles. Et ceux qui cherchent à détruire, parce qu'ils veulent libérer l'homme! Devant de telles armes de destruction, demandons au Seigneur de préserver avant tout l'unité de son troupeau menacé.

«Qu'ils soient un», ce fut son ultime prière. Nous la répéterons sans cesse, et nous bâtirons autour de nous la fraternité qui voudra reproduire et fonder la leur tout à la fois.

l'église vis-à-vis de l'autorité civile

au-delà du rideau de fer

Église-État, ... les problèmes ne sont pas nouveaux à notre époque. Le fait que l'Église se présente à la fois comme une autorité divine, échappant de ce fait à l'emprise des seigneurs de la terre, mais qu'elle est en même temps un grand corps visible dont les membres sont des hommes, racinés dans leurs temps, dans leur époque, dans leur société civile, a toujours posé problème. Et chaque chrétien lui-même, qui réfléchit, mesure à longueur de vie cette «double racination» dont parlait Péguy, ce que St Paul appelait «être du monde sans en être».

Il est donc naturel que l'Église pose question à l'autorité civile. Il est nécessaire qu'entre ses représentants et ceux de l'Église, des mises au point soient faites, qui détermineront les droits fondamentaux et les devoirs réciproques. Il serait donc très normal que, le pouvoir communiste prenant l'autorité, il convie l'Église à un «Accord».

Nous reviendrons un jour sur cet aspect. Nous voudrions ici seulement illustrer d'un exemple ce qui nous semble finalement en cause: cet Accord, que l'on signe un jour, reconnaît-il comme fondamental les droits qu'il reconnaît, ou bien n'est-il qu'une concession, par le fait même liée à l'arbitraire?

«LES DROITS CONCÉDÉS DEMEURENT DANS LE DOMAINE DE L'ARBITRAIRE»

Suivons l'évolution de la question de l'enseignement religieux en Pologne.

6 décembre 1956 :

Après les «journées d'octobre», un Accord entre l'Église et le Gouverne ment réintroduit l'enseignement de la religion, dans les écoles primaires et secondaires, si la majorité des parents le demandent.

Décembre 1959:

Remplacement, à la tête du Ministère de l'éducation d'un athée, de tendance « libérale», par un militant.

Dès lors :

De multiples pressions s'exercent pour empêcher l'effective application du principe de l'enseignement libre de la religion à l'école: les parents doivent fournir une demande exprès écrite et signée, les formulaires d'inscription aux cours sont fournis en retard sur les délais légaux prévus, etc, etc.

16 juillet 1961:

Une loi vote la laïcisation officielle de tout l'enseignement. C'est l'exclusion absolue de l'enseignement religieux à l'école.

19 août 1961:

Décret d'application de la loi sur l'enseignement. Le décret en question, non seulement confirme l'exclusion de l'enseignement religieux à l'école, mais prétend même introduire le regard de l'État jusque dans l'enseignement religieux assuré par l'Église dans ses propres locaux et par ses propres membres engagés. En effet il prévoit notamment:

Cet enseignement sera désormais dispensé seulement dans des églises et des édifices ecclésiastiques. Ces locaux devront être «enregistrés» auprès de l'État avant le 10-10-61, et pourront être soumis à son contrôle.

L’État a droit à veiller à ce que les enfants ne soient pas «surmenés». Les cours de catéchisme ne dépasseront donc pas deux heures par semaine et ne chevaucheront pas avec des heures de classe. (Mais ces mêmes enfants «à ménager» feront en hiver 2,3 km à pied pour rejoindre un centre catéchétique distant et mal chauffé !)

Les catéchistes devront être autorisés par le Ministère des Cultes. Les religieux et religieuses sont exclus (ce qui représente à ce moment ± 66% des effectifs). Il ne faut pas qu'ils puissent être connus comme hostiles à l'égard des institutions du pays, et il importe que leur cours se garde de dépasser le cadre de leur enseignement.

Les programmes de ces cours seront soumis à approbation et contrôle.

Moyennant quoi, les enseignants de ces centres de catéchisme seront payés par l'État.

Le même mois d’août:

Le Cardinal Primat annonce publiquement le refus de l'Église de se soumettre à ce décret, qui va à l'encontre de l'engagement signé par le Gouvernement en décembre 1956.

8 septembre 1961:

En une lettre en 7 points, l'Épiscopat interdit aux prêtres polonais de se plier aux exigences du décret d'application de la loi de 16 juillet. Il dénonce l'intention du gouvernement «d'arriver progressivement à la liquidation totale de l'enseignement religieux».

17 septembre 1961:

Une lettre pastorale, lue -malgré de vives pressions personnelles- dans toutes les églises de Pologne, appelle les parents à «aider à cette tâche essentielle» et adjure les familles de «collaborer avec les prêtres à l'enseignement religieux des enfants et de la jeunesse».

Octobre 1961:

Gomulka, dans une interview au Directeur du Monde défend son point de vue sur la question et termine en disant: «il n'existe aucune contradiction entre notre système social, notre politique et les croyances religieuses.

Ceux qui désirent aller à l'église peuvent le faire ... »

Pourtant, devant le front très uni qu'oppose la hiérarchie et l'immense majorité du clergé à l'application de cette règlementation de l'enseignement religieux, on laisse entendre finalement que l'application du décret est mise en veilleuse. Novembre semble confirmer la chose.

16 juillet 1962:

Une note de protestation est envoyée au Gouvernement par le Secrétaire de l'Épiscopat. Elle dénonce notamment la liquidation progressive de l'enseignement privé qui avait subsisté, l'expulsion des religieuses des écoles maternelles et de crèches, et le «regroupement» de ces communautés, dont les bâtiments sont réquisitionnés ou fermés.

13 août 1962:

Confirmation: il s'agit bien d'une politique à long terme. Un porte-parole de l'Office du Culte annonce la fermeture, avant un an, de toutes les écoles et crèches religieuses, et leur reprise par l'État.

5 mars 1963:

Une religieuse polonaise étant traduite devant le Tribunal pour enseignement illicite de la religion à des enfants, le sténogramme de la confrontation parvient jusqu'à nous. Le jugement, confirmant que le « délit» commis par l'accusée épuisait les dispositions de l'article 27 de la loi sur les transgressions, considère l'arrêt comme justifié. (L'amende peut s'élever à 2.500 ZL, pouvant être commuée en 90 jours de prison).

21 avril 1963:

Une lettre pastorale, en date du mois de mars et lue dans toutes les églises, confirme que peu à peu l'application du décret est pourtant mise en vigueur: pour avoir refusé de se soumettre à un contrôle, de nombreux prêtres sont condamnés à des amendes importantes. En cas d'insolvabilité, des saisies sont appliquées.

«Il y en a qui enseignent jusqu'à 40 h. par semaine, sans compter le temps consacré à la préparation des cours et aux déplacements souvent pénibles, les centres catéchistiques étant dispersés dans un rayon considérable et d'accès parfois difficile».

5 mai 1963:

Au Parlement, le Président du petit groupe de 5 députés catholiques évoque cette difficile relation de l'Église et l'État et met en relief le fait que l'Église doit: prendre soin du bien de la collectivité, respecter les non-croyants et accepter de collaborer avec eux sur le plan social, mais qu'elle a droit également notamment à l'enseignement libre de la religion et à la possibilité de développer sa culture catholique.

Juillet 1963:

L'application systématique de la loi sur la laïcisation de l'enseignement se poursuit, et dès ce moment et dans les mois suivants les démarches touchent même les grands séminaires qui semblent menacés de diverses manières.

29 août 1963:

Lettre des évêques à leurs prêtres -(tenue secrète à ce moment)- qui dit notamment: «ces jours derniers, nous venons d'assister à la liquidation silencieuse des derniers petits séminaires...»

Mars 1964:

Des protestations publiques d'intellectuels de tous milieux laissent entendre que le «durcissement» s'étend à bien des aspects de la vie culturelle.

Des articles de presse, réclamant le service idéologique de la critique artistique, comme les nominations au Comité Central du Parti en juin 64, accréditent cette opinion.

14 juin 1964:

Une Lettre Pastorale de l'épiscopat laisse entendre le danger que court même la pratique religieuse des enfants dans les camps de vacances.

Cette lettre fait état de vexations graves (les moniteurs ayant des ordres formels) visant à rendre impossible toute participation des enfants catholiques au culte religieux.

12 août 1964:

Réunion, en présence d'un délégué du Comité Central du Parti, de responsables de la lutte contre l'Église et la foi. La mise au point d'un «dispositif opérationnel» y est décidé. Dans cette tactique nouvelle, l'attention se porte sur les paroisses, et notamment sur leurs centres catéchétiques.

Que reste-t-il dans la situation actuelle de l'Accord signé en décembre 1956?

Les droits concédés à l'Église à ce moment de très grave crise politique restaient pourtant soumis à l'évolution tactique des situations. Il ne s'agissait nullement d'une reconnaissance fondamentale, mais bien d'une nécessité politique, sous la force de pressions internes et extérieures. Il est fatal, dans ce cas, que la liberté concédée soit soumise à l'arbitraire.

Une telle approche de ce problème nous permet de mesurer la prudence extrême dont l'Église doit se revêtir lorsque s'ébauchent de telles discussions et offres de modus-vivendi et dialogues. Une marge très étroite lui reste consentie, entre d'une part les visées politiques d'un gouvernement résolument athée et d'autre part le souci de ses fils, livrés sans défense à l'étouffement.

Alors que l'on parle beaucoup de «dialogue», de tractations, d'éventualités d'accords... entre le St. Siège, et des gouvernements marxistes, nous ne saurions assez prier l'Esprit Saint d'éclairer et de guider les responsables de l'Église qui doivent prendre de si lourdes responsabilités.

 

« Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, cela signifie beaucoup de choses en langage moderne. Nous devons payer les impôts aux autorités civiles. Comme citoyens, nous devons être loyaux envers l'État. Nous avons le devoir de remplir nos justes obligations. Nous avons le devoir d'aimer la Nation, de prendre soin de son bien-être, de développer toutes les valeurs con· tenues dans le mot «Patrie». Nous sommes tous pour le progrès servant Dieu et la Nation.»

« Il en est cependant qui voudraient faire de nos prêtres des agents au service d'un parti ou de tendances politiques.

Le prêtre ne peut se mettre au service d'un programme politique, mais doit toujours s'orienter selon l'Esprit de l'Évangile, pour ainsi trouver l'harmonie souhaitée entre la Mission Éternelle de l'Église et ses activités au service du peuple. »

Cardinal WYSZYNSKI Primat de Pologne

 

«Dans l'accomplissement de leur office apostolique, tout entier orientés vers le Salut de l'âme, les évêques doivent jouir d'une pleine et parfaite liberté et de l'indépendance vis-à-vis de tout pouvoir civil. II est donc illicite d'empêcher directement ou indirectement l'exercice de cette fonction ecclésiastique et d'empêcher la communication directe avec le St Siège ou avec les autres autorités religieuses, ou encore avec les fidèles.

Mais comme les pasteurs travaillent pour les fidèles et pour le progrès et la prospérité civile, ils doivent collaborer avec les autres autorités publiques, selon la nature de leur office, en exhortant les fidèles à l'obéissance à toute loi juste et au respect de tout pouvoir légitime établi.»

Texte proposé à l'attention des Pères du Concile, le 18 septembre 1964.

 

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